Publication picture

Quelles formations proposer aux doctorants pour une ouverture vers l’ensemble du tissu socioéconomique ?

Les jeunes chercheurs réalisant leur doctorat au sein des établissements académiques sont des collaborateurs. Et, à ce titre, comme leurs alter-égos des secteurs privé et public, ils bénéficient d’un droit à la formation continue complémentaire. Celle-ci vient en complément à la formation doctorale par la pratique de la recherche, qui est le cœur de l’expérience du jeune chercheur par laquelle il acquière de multiples compétences. L’offre de formation est organisée en général au sein des écoles doctorales et des collèges doctoraux et se dispatche en général entre formations scientifiques et techniques & formations liées à la poursuite de carrière des docteurs.

En complément, une offre riche peut être accessible hors portefeuille des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

A travers cet article, nous tenterons dans un premier temps d’exposer en quoi ce type formation complémentaire peut être bénéfique et nous donnerons quelques clefs pour choisir la formation adaptée au profil de chaque doctorant afin de l’ouvrir à d’autres horizons.

L’importance de la formation et de son anticipation :

S’accorder du temps pour mettre à jour ou faire évoluer ses compétences professionnelles est une nécessité pour s’adapter aux évolutions socio-économiques quel que soit son domaine ou secteur d’activité. Claudine Pierron de l’APEC parle même d’obsolescence des compétences qui bouleverse aujourd’hui les principes de l’orientation professionnelle et conduit à trouver des solutions au sein même de son entreprise ou s’auto-former, par exemple à travers des MOOC. Il faut donc voir nos compétences comme des ressources à gérer et à développer. Cette question est d’autant plus pertinente quand il est question d’évoluer vers un autre secteur et, dans le cas des jeunes chercheurs, de poursuivre leur carrière hors du secteur académique. D’ailleurs, Vincent Mignote, directeur de l’Association Bernard Grégory, relève un point crucial : « Seule une minorité des docteurs peuvent poursuivre une carrière académique longue. Pour un(e) doctorant(e) dont la thèse se déroule dans des laboratoires, il est important de s'ouvrir à l'entreprise (ou d'autres structures), d'une part pour tester ou démontrer son intérêt sincère pour cette évolution de carrière, d'autre part pour évaluer les opportunités les plus intéressantes. ». Voici un argument supplémentaire, au-delà de la gestion des compétences et de leur remise à jour en fonction des besoins et des évolutions de notre société, il est question d’ouverture et de préparation. Robert Marino, PhD, directeur de formation chez Deeptech Founders, explique pourquoi la gestion des compétences « softs skills » en tant que chercheur est nécessaire à travers son expérience : « La formation par la recherche et pour la recherche est une formation d’excellence qui vise à former des experts de leur domaine. Pour ce faire, il est souvent nécessaire de se focaliser sur un sujet précis. La conséquence, c’est que l’on ne peut pas se projeter dans autre chose que la recherche, faute de savoir qu’il existe autre chose ailleurs. Les formations ont le mérite d’ouvrir les yeux à leurs participants, de leur permettre de se projeter dans d’autres rôles, de valoriser ou développer de nouvelles compétences et soft skills. ».

A travers les témoignages ci-dessus, il nous apparait que la formation est un outil incontournable pour l’acquisition des compétences et leur valorisation. Aussi, il est important de se former afin de répondre aux attentes d’un futur recruteur.

Amandine Bugnicourt, PhD, co-fondatrice du cabinet Adoc Talent Management spécialisé dans le conseil en recrutement des docteurs, nous apporte quelques éclaircissements quant aux attentes d’un recruteur : « Parmi les compétences les plus recherchées par les entreprises que nous accompagnons dans leurs recrutements de docteurs figurent : l’esprit analytique, la résolution de problématiques complexes, la créativité, la capacité d’apprentissage, la persévérance ou encore la communication vers des interlocuteurs variés.» Ces compétences sont certes développées par les docteurs grâce à leur expérience professionnelle dans la recherche. Cependant, Amandine Bugnicourt, PhD tient à rappeler que certains savoirs et savoir-faire complémentaires peuvent être développés par le biais d’ateliers de formation : « Tout en étant persuadés que les doctorants acquièrent ces compétences, et bien d’autres, par la pratique de la recherche, nous observons que les formations peuvent leur permettre d’en prendre conscience et de savoir les valoriser. On entend souvent dire qu’il n’est pas utile pour les doctorants qui visent le secteur académique de suivre des formations complémentaires proposées par leur établissement. Nous observons pourtant que nombre de thématiques leur sont utiles, bien-sûr, les pratiques pédagogiques ou la connaissance de la recherche académique. C’est aussi le cas des formations actions en pilotage d’équipe et de projet qui me semblent indispensables tout autant à de futurs chefs de projet en entreprise, qu’à des chargés de recherche dans le secteur académique, qui seront également amenés à gérer des projets de recherche collaboratifs. »

Qu’en est-il des formations adaptées aux futurs docteurs ?

Plusieurs possibilités s’ouvrent aux doctorants. Il est surtout question de réfléchir au type de carrière qu’ils souhaitent avoir. D’ailleurs, Vincent Mignotte conseille aux jeunes chercheurs de se poser la question dès leur inscription en première année de thèse ; « un doctorant qui n'a aucune idée précise de ce qu'il souhaite faire ensuite, aura tout intérêt à suivre des formations proposées par son école doctorale, l'ABG ou d'autres dès sa première année. Dans tous les cas, la troisième année de thèse laisse peu de temps à des activités parallèles. En un mot, il faut anticiper ! ».

La palette des formations est très large, dans cet article nous nous attarderons surtout sur les formations qui permettent une ouverture vers des secteurs tels que l’industrie, le conseil et l’entrepreneuriat.

La formation à la gestion de projet et l’entrepreneuriat :

Notre première proposition est le « Learning by doing ». Par cela, nous entendons par exemple être membre actif d’une association. Robert Marino, PhD a choisi de suivre cette voie pendant son doctorat et revient sur son expérience : « Pour ma part, j’ai préféré suivre une formation par l’action en me lançant dans la création d’une association d’une part et l’entrepreneuriat d’autre part. J’ai pu apprendre de mes erreurs, parfois très grossières, mais surtout des gens avec qui je travaillais. Après être passé par là, je ne me voyais plus du tout retourner à la paillasse que ce soit dans le public ou le privé. » Nous pouvons voir à travers son expérience qu’il a pu d’une part développer ses compétences mais aussi affiner son projet professionnel… Nombre de doctorants et jeunes docteurs choisissent cette voie. Par ailleurs, l’associatif présente d’autres avantages ; Dounia Belghiti, PhD témoigne en ce sens : « Être dans une association permet de mettre directement en action les compétences transverses que nous pouvons développer par l’exercice de nos activités de recherche comme la gestion de projet, la communication, la créativité. Cela peut être un bon argument pour convaincre un recruteur hors secteur académique. Au-delà des compétences pouvant être développées c’est un bon moyen pour prendre du recul quant à ses travaux de thèse, de se constituer un réseau professionnel et effectivement de se mettre en scelle quand l’on souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat. ». A ce titre les jeunes chercheurs souhaitant se former ou simplement découvrir l’entrepreneuriat ont un choix assez diversifié. Il y a tout d’abord les programmes proposés par les SATT dans toute la France. Par exemple, la SATT grand ouest a conçu un programme de formation ouvert aux jeunes chercheurs mais aussi aux personnels de recherche en partenariat avec l’université Bretagne-Loire. Nous retrouvons aussi le cycle DFE proposé par l’ISEFRE et pensé pour les doctorant(e)s. Denis Lafeuille, président de l’association à l’initiative de ce cycle nous explique son objectif : « Connaître l'intrapreneuriat, c'est comprendre la stratégie de l'entreprise où vous travaillerez et être à même de pouvoir proposer et développer des projets innovants en adéquation avec celle-ci. Connaître l'entrepreneuriat vous permettra d’être dans les meilleures conditions pour développer, si vous avez un projet d’entreprise. ». Cette formation à l’avantage de faire bénéficier à ces participants de nombreux conseils acquis lors de sessions de travail ou de séances "Témoignage-Rencontre" avec des interventions, des créateurs d’entreprise et d'autres personnalités du monde entrepreneurial. ». Dans ce champ, une autre formation novatrice est celle de Deeptech Founders. Elle a été pensée pour les chercheurs et regroupe plus de 40 entrepreneurs à succès, des experts thématiques, des industriels. « Nous voulons permettre aux équipes de tester leur appétence pour l’entrepreneuriat, le potentiel marché de leur projet et la solidité de l’équipe en leur permettant d’apprendre des meilleurs et en par la pratique en allant se confronter au terrain. », explique Robert Marino, PhD.

La formation par la mise en situation s’avère très utile. Toujours dans ce cadre et dans une dynamique d’ouverture, les missions d’expertises effectuées par des chercheurs dans le secteur privé sont un autre moyen. Plusieurs organismes proposent d’accompagner des chercheurs dans leur mise en relation avec des entreprises. Florian Andrianiazy, PhD directeur de PhDTalent explique l’intérêt de ce type de mission : « Pour les jeunes chercheurs, le principe de ces missions consiste à accompagner sur quelques jours ou semaines, grâce à leurs compétences et connaissances scientifiques, des entreprises dans leurs choix stratégiques, managériaux, organisationnels ou technologiques. Ainsi, tout en restant dans leur zone de confort scientifique et technique, les jeunes chercheurs peuvent découvrir la gestion d'un projet innovant en entreprise, s'essayer à la relation client ou encore s'adapter au temps court du secteur privé. »

Un autre type de formation est possible pour les chercheurs qui le souhaitent avec une contrainte moindre d’emploi du temps. Il leur est possible de suivre des formations en ligne. Aujourd’hui, la plateforme de formation en ligne la plus utilisée reste Coursera. Elle offre plusieurs avantages dont un panel de sujets très large ; il est possible d’y trouver des cours sur le management, le marketing, la gestion de projet, les data sciences et même sur des sujets de culture générale. Les cours sont proposés par des professeurs reconnus dans leur domaine d’expertise. Il est possible d’échanger avec la communauté qui suit le même cours et pour les plus studieux de faire corriger les exercices par les professeurs. Ces formations en ligne permettent des certifications par les écoles ou les universités qui les proposent.

La préparation à la poursuite de la carrière professionnelle :

Les jeunes chercheurs qui ont pour objectif de découvrir le champ des possibles en termes de poursuite de carrière, l’association « PhDOOC » propose un espace d’information, d’échange et d’entraide sur la thématique de la poursuite de carrière des docteurs. L’objectif est de sensibiliser les jeunes chercheurs aux outils et ressources existants et accessibles en ligne. Ces MOOC sont un excellent outil d’aide à la poursuite de sa carrière professionnelle.

Aussi, les associations de doctorants tels que Les Cartésiens – Docteurs et Doctorants de Paris- proposent des ateliers d’ouvertures au monde socioéconomique permettant de préparer la poursuite de la carrière professionnelle. Adoc Talent Management via les universités, ou encore comme cité plus haut l’ABG, proposent des ateliers dans ce cadre. Enfin, il est possible de créer un compte sur l’APEC. Cette dernière propose des ateliers et des RDV individuels à chaque étape de la carrière dans les thématiques suivantes : identifier ses opportunités, optimiser sa candidature, capitaliser sur ses expériences…

Pour finir, beaucoup de doctorants restent, surtout en début et en fin de doctorat, concentrés sur celle-ci à tel point qu’ils ne se soucient guère de préparer l’avenir. Il leur faudra pourtant, en parallèle préparer leur carrière après thèse.

C’est pourquoi la thèse doit se réaliser avec l’apport de formations complémentaires dites « professionnalisantes » ou « d’accompagnement à la poursuite de carrière » (terme qui nous semble plus juste), qui sont une préparation à entrer et à s’épanouir dans le monde socioéconomique. Le corps encadrant des jeunes chercheurs peut être le premier relais de sensibilisation à la formation des jeunes chercheurs et les épauler dans leur recherche.

Comme nous l’avons présenté dans cet article, le paysage des formations complémentaires proposées aux doctorants est donc en fait très large et diversifié : c’est une richesse pour s’adapter aux besoins de chacun. En ce qui concerne le financement de ces formations, certaines citées ci-dessus sont gratuites. Pour les formations payantes hors catalogue de l’établissement, il est possible de recourir à une demande de financement par son école doctorale, par son laboratoire ou par son employeur, ou encore au Compte Personnel de Formation (CPF) ou au Congé Individuel de Formation (CIF).

Amandine Bugnicourt, PhD et Dounia Belghiti, PhD

About the author

5f462f92f0a03976532357.jpg

Amandine Bugnicourt, PhD est CEO du cabinet Adoc Talent Management. Dounia Belghiti, PhD est présidente et de PhDTalent.